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MMMFrance dans la presse |
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LCI (05/12/2006) |
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Des m�res dans la cit� |
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Depuis 2005, le Mouvement Mondial des M�res a �t� charg� par Matignon de former des adultes-relais pour juguler la violence dans les banlieues. Une forme d'action modeste et concr�te pour sauvegarder le dialogue, qui a d�j� su, dans d'autres pays, montrer son efficacit�.
Franck
LEFEBVRE - le 05/12/2006 - 13h40 ( l'article
sur LCI)
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La sc�ne se passe au Congo-Brazzaville. Un pays min� par la violence, o� les accusations de sorcellerie fusent facilement pour expliquer un quotidien trop difficile - ce qui se traduit fr�quemment par un lynchage. Une femme croise un groupe qui tra�ne une fillette �puis�e. Elle demande ce qui se passe : "C'est une sorci�re, on va la br�ler !" La fillette affirme qu'elle vient d'un village distant de plus de 180 km, elle n'a visiblement aucun moyen de transport : c'est forc�ment une jeteuse de sorts. La femme parvient � convaincre la foule de lui remettre la pr�tendue sorci�re, la garde pour la nuit avec ses enfants et se met d�s le lendemain en qu�te de ses parents. Elle les trouvera dans une �glise voisine, o� ils cherchent vainement leur enfant : ce sont des mara�chers, qui font r�guli�rement le trajet en camion, et dont la fille a disparu la veille, alors qu'ils venaient d'arriver � la nuit tomb�e. La fillette ne br�lera pas et rejoindra ses parents. Changement de lieu. Novembre 2005, en banlieue parisienne, une m�re court apr�s des ados de 12 ans qui veulent se joindre aux �meutes. Elle vient d'Angola, elle a eu les jambes br�l�es pendant la guerre civile. Elle leur montre ses cicatrices et leur dit : "N'apportez pas la guerre ici". Ce soir-l�, ils n'iront pas br�ler de voiture. Etablir des ponts dans des cit�s "sensibles" Entre ces deux sc�nes, plusieurs points communs. La parole qui �vite � la violence de prendre le dessus est celle d'une m�re. "Toutes les m�res connaissent le prix de la vie", affirme Marie-Liesse Mandula, secr�taire g�n�rale de la section internationale du Mouvement Mondial des M�res. Le MMM constitue lui-m�me l'autre lien qui unit ces deux histoires : au Congo-Brazzaville, la m�re providentielle qui arrache la fillette � la foule est la fondatrice d'une association membre du MMM. En banlieue parisienne, la m�re qui argumente avec les �meutiers fait partie d'un groupe de parole de MMM France. Depuis pr�s de 60 ans qu'il existe, le MMM, ONG fond�e en France, qui a statut consultatif g�n�ral � l'Onu aux c�t�s de groupes comme Oxfam ou M�decins du Monde, et f�d�re 63 associations dans 37 pays, s'efforce de faire de toutes les m�res des artisans de paix. Le postulat semble na�f. Mais il donne des r�sultats. En France, sans tapage, avec des actions modestes et concr�tes, le MMMF �tablit des ponts l� o� personne ne se parlait : dans ces cit�s dites "sensibles" de la banlieue parisienne. Tellement de femmes y vivent recluses, victimes de barri�res qui s'additionnent : la langue qu'elles ne ma�trisent pas, l'argent qui manque... Le MMMF les fait se rencontrer � travers des groupes de parole. M�res fran�aises, asiatiques, africaines, toutes confront�es aux m�mes probl�mes avec leurs enfants, y dialoguent et s'�paulent. On y parle respect, autorit�, �coute, partage. "Comment arrivez-vous � les faire tenir dans une m�me pi�ce ?" "Quand des responsables politiques ont entendu que nous r�unissions des m�res de toutes les cultures, ils n'en croyaient pas leurs oreilles", t�moigne Isabelle de Rambuteau, pr�sidente de la section fran�aise du MMM. "Ils nous ont demand� : comment arrivez-vous � les faire tenir dans une m�me pi�ce ? Nous avons organis� une rencontre � Colombes. Des repr�sentants de la police, de la justice, de l'Education nationale �taient l�. Ils �taient stup�faits d'entendre ces m�res parler de ce qui se passait dans leur cit�". Apr�s la crise des banlieues, le MMMF a �t� invit� � Matignon. "D'un seul coup, on a exist� pour eux", se souvient Isabelle de Rambuteau. "Il y avait une ambiance terriblement morose, personne ne savait quoi faire. Alors, ils se sont int�ress�s � ces actrices naturelles du terrain que sont les m�res". Le minist�re a charg� le MMMF de former plusieurs milliers d'adultes-relais dans les cit�s, pour r�tablir un dialogue en apparence inexorablement rompu. Des adultes qui sont, essentiellement, des m�res. "Le mod�le de tous ces adultes-relais, raconte Isabelle de Rambuteau, c'�tait une m�re turque, qui �tait all�e aider une jeune femme turque de la m�me cit� � accoucher, parce qu'elle parlait la m�me langue". Il y en a 6000 aujourd'hui. "Le ventre des m�res< n'a pas de culture" Ces "m�res-relais" ne r�soudront pas seules les probl�mes des banlieues. Mais chacune contribue � sa modeste �chelle � d�samorcer la violence avec des mots. Et les femmes du MMMF sont persuad�es du poids de ces actions de m�res au quotidien pour aider des cultures diff�rentes � dialoguer. Isabelle de Rambuteau cite volontiers l'exemple du Liban, "un pays qui tient gr�ce aux m�res". Elle s'y trouvait en 2003 pour animer un colloque. "Il y avait des m�res maronites, palestiniennes, druzes - dix-sept cultures diff�rentes, dans un pays o� tout le monde s'�tait massacr� pendant des ann�es. On nous avait promis le pire. Tout se d�roule bien jusqu'au moment o� une femme prend la parole et dit : "Quand on est m�re, on se sacrifie pour ses enfants..." Aussit�t, une femme compl�tement voil�e se dresse et crie : "Et moi, j'ai sacrifi� mon fils !" C'�tait une m�re de kamikaze du Hezbollah. Toutes se sont mises � crier ensemble, �a a fait un �norme bruit, et je me suis dit : "�a va exploser". J'ai voulu tout arr�ter, mais une femme dans la salle m'a cri� : "voil� des ann�es qu'on n'a pas pu parler, laissez-nous !" Effectivement, ce bruit terrible a continu� un moment, puis les voix ont baiss�. Et tout s'est apais� peu � peu..." C'est un homme, participant � ce colloque, qui a trouv� la plus belle formule pour illustrer ces retrouvailles de m�res par-del� la guerre : "le ventre des m�res n'a pas de culture". |
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