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EDUCATION et COMMUNICATION

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La parole est d'or
Article paru dans France Soir en Novembre 2002

Caroline Lioret, sociologue, 20 ans d'expérience professionnnelle, membre du conseil d'admistration du MMMFrance, nous livre ses impressions sur l'étude "Communication parents/enfants", qu'elle a menée pour le compte du MMMFrance, au sein de la société Démoscopie.

L'étude a été menée auprès de groupes de parents d'enfants de 3 à 12 ans sur les moments perçus comme difficiles à gérer et sources de conflits. L'objectif était de créer une cassette vidéo mettant en scène différentes familles et leur manière de réagir aux moments où des conflits sont plus fréquents : travail scolaire, repas, coucher, disputes entre enfants, pour réfléchir sur les moyens de gérer la violence dès l'enfance. Chaque séquence serait commentée par une psychologue pour enfants. C'est Ettie Buzin bien connue des téléspectateurs qui a tenu ce rôle. 

Dans cette étude trois points l'ont particulièrement frappée :

- 1) l'implication très inhabituelle de tous les participants dans chacun des cinq groupes.
Généralement lorsqu' un groupe se termine tout le monde s'en va très vite. Lors de cette étude la discussion a continué longuement dans l'entrée et parfois dans la rue ensuite. Beaucoup ont ouvertement exprimé leur soulagement en prenant conscience que leurs difficultés quotidiennes, les autres parents du groupe ne les surmontaient pas plus facilement qu'eux, qu'il n'y avait pas de "super parents" et que c'était bon de pouvoir s'en parler, dire ses astuces pour éviter un conflit, ou avouer son incapacité à les éviter. 
Pouvoir en parler avec des inconnus et découvrir des proximités inattendues est apparu comme peut-être plus enrichissant que d'en parler entre proches, dont on connaît déjà beaucoup de choses. Cela leur a montré que quel que soit son origine sociale, son métier, la difficulté d'être parents aujourd'hui est rencontrée par tous et mérite qu'on y réfléchisse ensemble entre parents d'une même classe d'âge.

- 2) le groupe des pères où tous sans exception ont exprimé le bonheur ressenti à pouvoir s'occuper de leurs enfants dès le tout début .
Ils étaient conscients d'être la première génération à pouvoir vivre ce qui était auparavant du domaine réservé des femmes. Cela, grâce à la généralisation du travail professionnel des femmes qui a nécessité un partage des tâches familiales beaucoup plus important.
 La situation à la génération précédente était très différente et les pères "étaient là pour régler les conflits et punir ". Cette nouvelle possibilité qui leur est donnée de proximité à leurs enfants ils en ressentent toute la richesse, tout en avouant que la contre partie c'est leur malaise à devoir assumer le rôle traditionnel de l'autorité qui punit . L'étude a vraiment mis en évidence cette évolution psychologique profonde chez les pères de cette génération ( entre 30 et 40 ans)que nous avons interrogés et leur difficulté à trouver la juste distance entre camaraderie et autorité.

3)
Le troisième point concerne le temps libre : laisser assez de temps aux enfants pour jouer mais aussi laisser aux mères un moment pour elles toutes seules qui leur permette de reprendre des forces. Leur vie, telle qu'elles la décrivent, paraît une succession ininterrompue d'obligations : travail, enfants, devoirs scolaires, horaires à respecter, etc. Quand la pression est trop forte et souvent à l'occasion d'un conflit entre enfants ou avec un enfant, elles avouent craquer, se mettre à hurler, devenir injustes, "hystériques" et culpabiliser ensuite. Elles assument autant qu'elles le peuvent et souvent au delà, mais ne s'autorisent pas à s'organiser pour elles mêmes un moment pour exister pour elles-mêmes, se faire plaisir.
Cette violence du rythme de vie qu'elles subissent, elles la renvoient inconsciemment au sein de la famille, faute de possibilité de la décharger autrement et cela pourrait contribuer à expliquer l'atmosphère électrique décrite en fin de journée.
S'organiser un moment pour soi nécessite de faire comprendre pourquoi on en a besoin. D'où l'importance du dialogue en famille, comme de l'échange entre familles, entre parents, entre mères. Dire qu'il ne s'agit pas d'un plaisir égoïste mais de quelque chose de nécessaire pour être plus disponible, de la même manière que les enfants expriment leur besoin de jouer en rentrant de l'école, pour laisser échapper la pression accumulée.

Pour finir, interrogés sur les meilleurs moments vécus en famille, tous les participants ont évoqué ceux où un dialogue détendu pouvait s'instaurer :
soit entre un des parents et un enfant dans un moment réservé à l' enfant, chaque enfant y ayant droit tour à tour, soit lors de moments ou parents et enfants réunis se détendent ensemble en oubliant pour un moment les obligations quotidiennes.

Dans cette étude finalement c'est le dialogue qui est apparu comme l'outil à privilégier pour désamorcer la violence dès l'enfance . Le lancement par le MMMFrance de groupes de paroles autour des témoignages de la cassette vidéo "Osons être parents" me paraît tout a fait adapté aux attentes et besoins des parents tels qu'ils se sont exprimés lors de l'enquête.